• * La Promesse

     

    Le premier AT des Rebelles-Webzine (un web mag extra que je vous encourage à parcourir tous les mois  ) portait sur un thème qui pouvait paraître banal : La St-Valentin et l'Amour.

    Pourtant il offrait une multitude de possibilités extrêmement bien exploitées par la gagnante avec sa nouvelle

    "Un soir de St-Valentin pour le moins inattendue"

    J'ai mis 4h pour rédiger la mienne. Un exploit pour moi !!!!

    Je n'ai pas gagné mais... je suis arrivée dans le Top Five ce qui est déjà très encourageant .

    Un merci à ma Bêta-lectrice réquisitionnée de force (Q, qui se reconnaîtra!) et à Delph pour la couverture .

     

    La circulation était fluide sur le pont, en ce venteux mois de février. Pas de surprise. L’Ile d’Oléron n’était pas la destination la plus prisée durant la période hivernale. Ezra emprunta la route familière qui serpentait le long de la côte. L’esprit ailleurs, il conduisait en mode « pilotage automatique », laissant défiler le panorama en aveugle. Lui qui, avant, s’extasiait toujours devant la simplicité et la beauté du paysage de son île luttant, vaille que vaille, pour survivre aux assauts de la mer et de l’hiver. La similitude entre ce décor désertique et son cœur meurtri lui rappelait trop le vide qui régnait dans sa vie depuis près d’un an.

    Ce retour sur le territoire de sa meute était une épreuve qu’il redoutait. La traversée des petits villages ne le sortit pas de sa mélancolie. Il ne voulait plus souffrir. Le monde semblait terne et sans saveur. Ses émotions étaient enfouies sous des tonnes de regrets et de douloureux souvenirs. La rage et la colère évanouies, maintenant il n’était plus qu’une de ces coquilles vides, sans âme, qui trainaient sur les plages attendant qu’un gamin vienne les ramasser pour jouer avec.

    Sauf que lui n’attendait plus rien. La nature lui avait pris la seule chose à laquelle il tenait. Son cœur saignait toujours, son loup, devenu apathique, n’était plus que l’ombre de lui-même. Il y avait un énorme vide dans leur vie. Depuis la perte de leur compagne, la disparition de leur âme sœur.

    Dix longs mois s’étaient écoulés. La blessure ne se refermait pas. L’éloignement n’avait pas atténué la souffrance, ne lui avait pas permis d’oublier. Il avait suffit d’une nuit de tempête pour qu’il perde tout. Seule cette maudite souffrance restait. Tenace. Insidieuse. Glaçante.

    Il arriva finalement à destination sans encombre. La « Petite Plage » de Domino. Ce n’était pas la plus belle plage que possédait l’Ile. De son avis, il s’agissait même surement de la moins touristique, pour ne pas dire la moins jolie. Seulement, Morgane l’avait toujours préférée aux autres. Elle lui trouvait un cachet particulier, une odeur dans l’air différente du reste de l’île, une perception encore plus proche de la nature.

    Et puis surtout, leurs plus beaux instants étaient rattachés à un évènement vécu ici, que ce soit sur la dune, sur la plage, dans l’eau ou sur les rochers. C’était pourquoi, il se trouvait là, aujourd’hui, en cette journée si spéciale pour eux, pour elle. Il venait lui dire au-revoir. Ce qu’il n’avait pas réussi, non, ce qu’il n’avait pas voulu faire à l’époque. Là, il espérait ainsi cautériser son cœur, que son âme retrouve un semblant de paix et son loup un peu de son allant d’autrefois. Tant de souvenirs ici.

    Les larmes coulèrent alors que nombres d’entre eux affluèrent devant ses yeux fermés. Leur première rencontre durant un footing matinal, alors que Morgane séjournait chez son oncle, lorsqu’elle s’était étalée de tout son long en glissant sur une algue traîtresse. Juste  au moment où ils se croisaient. Le fou rire qui les avait secoués n’était que la première pièce du puzzle de leur histoire.

    C’est ici également, qu’il lui avait déclaré ses sentiments, en pleine étreinte fougueuse, lors d’une des nombreuses baignades qu’ils avaient adoré partager, dans leur bulle de bonheur tout neuve.

    Ezra n’arrivait pas à sortir du véhicule qu’il venait de garer le long de la dune jouxtant la « Petite Plage ». Il se revoyait, les nuits de pleine lune, parcourir les kilomètres de plage, jouer à cache-cache dans les buissons de tamaris qui jonchaient les dunes, terrain de jeu grandeur nature pour leurs deux loups. Le temps de l’insouciance leur souriait alors. 

    Sur cette même dune, Morgane lui avait annoncé, une joie si intense éclairant son doux visage, que leur amour « puissance double » allait devenir « puissance triple ». L’arrivée d’un petit dans leur vie était  la consécration de leur amour.

    Morgane avait fait de cette plage et de la Saint-Valentin LES symboles de leur union.

    Ezra pensait à celles qu’ils avaient passées, ici, en amoureux, loin de la folie commerciale engendrée par cette fête si spéciale à leurs yeux. La toute première ne comptait pas réellement, cependant, elle avait son importance aussi. En effet, leur première rencontre avait eu lieu un quatorze février, trois ans plus tôt.

    Ezra sortit enfin de son véhicule. L’air iodé lui sauta au visage. Il respira plusieurs fois cette odeur si particulière qui lui avait tant manqué. Il escalada la petite dune, fit face aux éléments.

    Pourtant... Pourtant, la vue de la plage lui arracha un sourire tremblant. Le soleil couchant amorçait sa descente à l’horizon, lui rappelant... leur première Saint-Valentin, tandis que Morgane tenait mordicus à fêter les un an de leur couple. À l’approche de cette date, Morgane rivalisait d’ingéniosité pour leur concocter une journée particulière et originale.

    Revenant au présent, il remarqua une tâche avançant rapidement vers la mer. Il plissa les yeux. La stupeur le fit sursauter lorsque... l’enfant fila directement dans l’eau. Mais qu’est-ce qui lui prend à ce petit imbécile ! Il veut attraper la mort !

    Ezra dévala la dune rapidement et courut rejoindre le jeune inconscient. Il dut pénétrer dans l’eau pour récupérer l’enfant qui disparaissait dans les vagues. Haletant, grelottant, furieux, il sortit de l’eau tenant à bout de bras un gamin gesticulant et hurlant sa colère d’avoir été interrompu dans son projet. « Lâzez-moi, ze vous dis ! Ze dois y retourner ! » hurlait le petit monstre qui se débattait pour retourner dans l’eau. « Vous comprenez pas. Ze dois y aller », termina-t-il en pleurant, « ze dois ! ».

    Ezra prit l’enfant dans ses bras afin de le calmer. Il le tint contre lui, réchauffant ses mains et son corps, lui chuchotant, sa bouche dans ses cheveux des « Chut, chut, ça va aller, tu verras… » jusqu’à ce que la respiration du bambin ralentisse. L’aura de son loup l’aida à apaiser l’enfant. Celui-ci avait reniflé les gènes lupins de l’enfant, confortant son instinct protecteur.

    Ezra en profita pour le questionner : « Dis-moi, bonhomme, comment tu t’appelles ? ». « … ». L’enfant récalcitrant restait obstinément silencieux contre son sauveur. Ezra continua : « Pourquoi t’es là, tout seul ? Qu’est-ce que tu voulais fabriquer en te jetant à l’eau ? ».

    Seule cette dernière question le dégela. Le bambin leva vers l’adulte un regard embué de chiot malheureux. « Ze…, ze m’appelle Terry » balbutia-t-il. Sous les yeux encourageants d’Ezra, il continua « Papa, y dizait touzours que le dernier rayon de zoleil de Valentin était mazique. Ze voulais l’attraper pour faire un vœu. Ze VEUX que mon Papa y revienne », expliqua-t-il d’une traite. « Z’il…, z’il…, z’il te plaît, laize moi y retourner », hoqueta le petit bonhomme.

    Alors qu’il contemplait l’enfant, désorienté par le désespoir du petit être dans ses bras, si semblable au sien, il fut brusquement sur ses gardes. Il observa attentivement la plage. Le vent apportait un léger bruit qui allait crescendo. Il s’amplifia jusqu’à l’apparition d’une jeune femme, échevelée, mère désespérée, hurlant sans cesse le prénom de son petit « Terry, TERRY… ».

    L’enfant sauta des bras secourables d’Ezra pour courir se jeter dans ceux de sa mère. À l’instant où ils se rejoignirent le dernier rayon de soleil se coucha, les plongeant dans une semi-pénombre. Le jeune homme, hypnotisé, regardait la forme du nuage derrière lequel s’éteignait l’horizon rose-orangé. Impossible. Pourtant, c’était bien le visage de Morgane qui semblait lui sourire, bienveillant.

    Il entendit une voix déclarer « Merci, merci infiniment… ». Il se retourna, et chose incroyable, son loup vibra d’un grondement sourd, profond. Le jeune femme, face à lui, écarquilla les yeux, sa louve répondant assurément à son propre loup.

    Ils parlèrent en même temps « Je m’appelle Ezra », « Je suis Tulie, la mère de Terry ».

    Une rafale de vent souffla sur le trio, chassant larmes, souffrance et désespoir.

    Peut-être que le papa de Terry avait raison. Peut-être que la magie de la Saint-Valentin existait. Une chose restait sûre. Encore une fois, Morgane avait tenu sa promesse. Le cadeau qu’elle lui offrait en cette soirée de Saint-Valentin était inestimable : une nouvelle famille !

     

     

     

     


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