• Ultimatum

    N'oubliez pas que vos remarques sont des motivations énergiques pour mon imagination et aussi mon plaisir...

     

    Nouvelle proposée au concours d'Edilivre  sur le Thème de l'Erotisme (mars-juin 2013)

    Version courte

     

    Un choix impossible, voilà ce qu’ils me demandaient tous les deux !

    Nous avions toujours été le Trio infernal des A, Abel, Arthur et Angie. Une équation mathématique et littéraire à nous trois ! Chacun un angle et un côté indispensable du triangle équilatéral, aussi inséparables que les trois traits de la lettre A. Je pouvais commencer une phrase, il y en avait toujours un pour la finir et inversement. Nous étions sur la même longueur d’onde, tout sujet confondu.

     Sauf un apparemment.

     En une journée, ma vision de notre trio avait éclaté. Et maintenant, un kaléidoscope d’images et d’émotions troublantes tournaient sans fin dans ma tête. Il fallait que je sois honnête envers moi-même. Inconsciemment, j’avais fermé les yeux sur l’évolution indéniable et inévitable de nos relations. Nous étions si proche les uns des autres. Je les aimais tous les deux. Je n’avais pas réfléchi à la réelle signification de cet amour, de peur d’affronter une réalité dérangeante, source inéluctable de conflits.

     Néanmoins, eux n’avaient pas eu cette hésitation. L’ambigüité de ces dernières semaines leur avait suffit. Ils avaient alors opté pour la solution la plus simple : l’affrontement direct, la bonne vieille confrontation.

     Et ils n’y étaient pas allés par quatre chemins !

     Cela avait commencé hier matin avec Abel. Mon Abel. Mon brun ténébreux, comme je m’amusais souvent à l’appeler, sans arrières pensées, jusqu’à hier. Il était passé soit disant pour me rapporter le dernier livre que je lui avais prêté. Et il avait ouvert les hostilités me prenant par surprise.

    Comme très régulièrement, lorsque j’étais avec eux, nous étions affalés sur mon clic-clac aux couleurs délavées. J’étais dans ses bras et tout en discutant, ses mains caressaient mes bras, une douce pression qui montait et descendait sur mes avant-bras puis mes bras. Je n’avais pas réagi parce que c’était des gestes habituels, presque machinaux, qu’il nous arrivait régulièrement de donner ou recevoir. Nous n’étions pas avares de petits gestes semblables dans nos démonstrations d’affection amicale. Toutefois, je réalisais après coup qu’ils n’avaient pas été aussi innocents que je le croyais. C’est alors que son souffle caressa mon cou tandis que sa main droite soulevait une mèche de mes cheveux pour lui permettre de déposer une pluie de baisers, légers comme des papillons, sur ma nuque. La sensation de bien-être que je ressentis me fit caler mon dos encore plus étroitement contre sa poitrine. Sa main gauche continuait de caresser mon bras. J’étais si bien, les yeux fermés, que je ne me rendis même pas compte que j’avais arrêté de parler. Un exploit pour la grande bavarde que j’étais ! Ce n’est que lorsque sa bouche trouva le petit creux sensible à l’intérieur de mon cou, juste sous l’oreille, que mon gémissement de plaisir me fit réagir. Je me redressais brusquement pour lui faire face. Je m’apprêtais à lui demander ce qu’il fabriquait lorsque mes yeux se perdirent dans le vert intense de ses prunelles. Les mots restèrent bloqués dans ma bouche, ce que je ressentais, à cet instant là, était trop surprenant. Le désir, que je n’avais jamais voulu admettre, éclatait dans chaque parcelle de son corps pour rebondir sur le mien, tel un lien invisible nous reliant l’un à l’autre. Lorsqu’il comprit que j’avais enfin réalisé ce qui était en de train d’arriver, et que je ne partais pas en courant, ni criant au scandale, ses mains prirent en coupe mon visage. Et il approcha son visage près du mien en murmurant dans un souffle rauque :

    - Si tu savais depuis combien de temps j’attends cet instant… Ses derniers mots mourant sur mes lèvres entrouvertes.

    Son baiser, si léger fut-il, me fit l’effet d’un raz-de-marée de sensations. Lorsqu’il y mit fin, il me serra fortement contre lui, nos têtes penchées l’une contre l’autre, cette tendre étreinte remplaçant toutes les paroles qu’il ne prononçait pas.

     Puis, il me regarda, intensément, attendant que je fasse un geste, que je dise un mot. Il me laissait l’occasion de reculer et de mettre fin à ce face à face inédit. Que voulais-je ? M’embarquer dans cette direction ? Je pouvais difficilement le nier, vu les frissons de plaisirs qui parcouraient encore ma peau après un simple tout petit bisou de rien de tout. Oui, mais Arthur. Nous ne pouvions l’ignorer. Je ne pouvais l’ignorer. Cela ressemblait très fortement à l’ouverture de la boîte de Pandore. Or, une fois ouverte, notre trio deviendrait un duo et aucune marche arrière ne serait possible. Je ne voulais même pas imager cette hypothèse. Dire que j’étais la seule à n’avoir rien vu venir !

     Abel me tenait maintenant les mains, ses pouces caressant mes paumes, attendant une réaction qui tardait à venir. C’est alors qu’il me dit :

    - Comment choisir lorsqu’on n’a pas le choix ?

     Et sur cette phrase sibylline, la porte d’entrée de mon appartement s’ouvrit, laissant pénétrer le deuxième homme de ma vie. Mon Arthur. Mon flamboyant rouquin. Sa bonne humeur, pourtant si contagieuse, déserta son beau visage lorsqu’il nous vit, Abel et moi, si proches, ayant l’air de deux gamins pris en flagrant délit.

    - Qu’est-ce que vous faites, ne put-il s’empêcher de dire ?

    Et mes deux Amis-Amoureux s’affrontèrent du regard, le vert intense défiant le noir profond.

    - Pas une partie de tennis, comme tu peux le constater, lui répondit immédiatement Abel.

    Comment n’avais-je pu remarquer le fossé qui avait commencé à les séparer ces dernières semaines. Les remarques acerbes qu’ils s’échangeaient, cette animosité latente qui s’intensifiait entre eux. Je les avais prises pour une rivalité masculine du style « aujourd’hui c’est moi le plus fort » et non pour les prémices d’un combat de coq pour la possession de l’unique poule de la basse-cour !

     Arthur avança à grands pas sur nous, empoignant Abel par le col de sa chemise.

    - Tu n’as pas pu t’en empêcher, hein ! Il a fallu que tu joues les amoureux transis !

    Tout en secouant Abel, il l’éloigna de moi et le projeta au sol. Sa fureur était si grande qu’il n’arrivait plus à parler, il n’était plus que colère. Abel se releva, un sourire en coin et lança :

    - Le petit Arthur a enfin trouvé le courage d’exprimer ses sentiments ? Tu vois, finalement je t’ai rendu service ! Maintenant, Angie ne peut plus ignorer ce que chacun d’entre nous ressent réellement pour elle. 

    Il nous regarda l’un après l’autre, revint sur moi et me déclara :

    - Il y en a un de trop…. L’heure des choix est arrivée. J’attends ton appel.

     Sur ces dernières paroles, un dernier regard, il quitta l’appartement me laissant avec un Arthur bouillant de rage à peine contenue. La porte fermée, ce dernier se tourna vers moi. Ses bras retombèrent le long de son corps, laissant la tension s’évacuer. Lorsqu’il redressa la tête, son regard exprimait tout le désarroi dans lequel il se trouvait.

    - Je suis désolé, Angie, je ne voulais pas réagir aussi violemment mais vous voir si proches…

    Sa voix vacilla. Je n’aimais pas le voir souffrir. J’aurais voulu le réconforter mais si je le prenais dans mes bras, comment l’interpréterait-il ? Et moi, comment voulais-je le consoler ? Comme une très proche amie ou bien comme une amante ? Tout était désormais confus dans mon esprit. Arthur, lui, s’était complètement repris. Il m’attrapa aux épaules, me fixa dans les yeux et laissa ses sentiments prendre le dessus. Il m’embrassa. Un baiser impatient, gourmand, passionné, agressif qui n’avait rien à envier au si populaire French Kiss. Il fallait quand même que je respire. Je le repoussais donc.

    - Arthur, il faut qu’on parle !

    - Non Angie, me rétorqua t’il, comme Abel vient de le dire, maintenant c’est lui ou moi. Tu vas devoir trancher.

    - Mais moi je n’ai aucune envie de choisir. J’ai besoin de vous deux ! Je vous aime tous les deux !

    - Ce n’est plus suffisant pour nous. Il me faut plus.

    Sa main caressa ma joue, doucement, tendrement.

    - J’espère que ce n’est pas la dernière fois que je te vois, me murmura t’il.

     Puis comme Abel, il partit, me laissant seule, la bouche assoiffée, les lèvres gonflées d’avoir été si amoureusement malmenées. Mon corps me disait qu’il était en état d’insatisfaction et mon cœur était sur le point d’exploser tellement les sentiments contradictoires que j’éprouvais faisaient mal.

     Et voilà où j’en étais. Tout le monde dit que la nuit porte conseil. J’espérais que cet adage se révèlerait aussi exact dans mon cas, parce que j’en avais bien besoin.

     Finalement, ce ne fut pas aussi difficile que je l’avais imaginé. Et tout cela grâce à la phrase qu’Abel m’avait lancé. J’allais l’utiliser, toutefois pas dans le sens où Abel l’aurait souhaité. Or comme il l’avait si bien annoncé Comment choisir lorsque l’on n’a pas le choix ! 

     Je leur envoyais chacun un sms leur demandant de me rejoindre à l’appartement à vingt heures. Je m’habillais avec un soin tout particulier, mon avenir dépendait de cette soirée et de mes talents de persuasion. Pour une fois, ce fut Arthur qui arriva le premier, magnifique dans son tee-shirt blanc moulant. Abel le suivit de quelques minutes seulement. Je vis qu’ils ne s’attendaient pas à se trouver tous les deux ici. Je voulais régler cela ce soir, leur amitié ne pouvait se terminer à cause d’une fille ! Même s’il s’agissait de moi.

    Je  m’approchais d’eux, ne leur laissant pas le temps de s’exprimer. Mes mains attrapèrent chacune une des leur et je les tirais à moi. Puis je posais une main sur leur poitrine, la remontant doucement vers leur visage.

    - Comment choisir lorsqu’on n’a pas le choix ! Mon choix c’est vous deux, ensemble ! Vous l’acceptez ou vous prenez la décision de partir.

    Je me tournais, leur reprenant une main, et les entrainais dans ma chambre où nous attendait une lumière tamisée propice aux explorations que j’envisageais. Malgré une infime hésitation, un regard échangé entre eux, ils se laissèrent aller. Je fermais alors la porte, frémissante du désir anticipé et d’un sentiment de puissance toute féminine. Un nouveau monde s’offrait à moi et j’avais bien l’intention d’en profiter…

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