• Une Lecture Bouleversante

    La Lettre Perdue

     

    28 Août 2010

    Un samedi matin comme un autre. Les rayons du soleil effleuraient la façade de l’appartement de Zoé. Quelques-uns allaient se perdre à travers la fenêtre du petit coin cuisine en éclairant d’une lumière bienveillante la table où Zoé déjeunait. Un café à la main, elle relisait ses dernières notes profitant de ce moment de calme pour finaliser les dernières corrections de ses cours. La rentrée scolaire approchait à grands pas. Elle voulait profiter des derniers jours de repos qu’il lui restait pour aller voir des amis dans le sud de la France. Elle regarda la pendule accrochée dans un coin du salon. Neuf heures, déjà ! Le facteur devait être passé. Elle se dépêcha de terminer son café, puis alla enfiler vite fait un débardeur et un pantacourt. Elle attendait un colis avec impatience depuis plusieurs jours. Sur un coup de tête, elle avait commandé une dizaine de bouquins sur Amazon.

    Elle prit les escaliers, descendit en vitesse les quatre étages. Arrivée dans le hall, elle tomba nez-à-nez avec le facteur. Ils échangèrent les formules de politesse habituelles. Elle s’apprêtait à ouvrir sa boîte aux lettres lorsque ce dernier l’interrompit :

    - Mademoiselle Martignac ? Zoé Martignac ?

    - Oui, lui répondit-elle, c’est bien moi.

    - Alors, c’est à vous que je dois donner cette lettre.

    En lui disant cela, il fouilla dans sa sacoche et en retira une enveloppe, couverte de tampons, dont la blancheur laissait à désirer. Il continua :

    - Vous savez, avec les collègues, on a cherché ce qui avait pu se passer. À priori, elle a dû se perdre dès le départ en Colombie. À mon avis, je pense qu’elle a été oubliée dans un coin avant d’être redécouverte et remise dans le circuit postal. Et puis, une erreur dans le code postal a été commise et le pays de destination n’a pas été indiqué, d’où de nouvelles difficultés de distribution. On a également ouvert des paris pour savoir si une personne serait encore là pour la réceptionner parce que depuis dix ans, les probabilités que la destinataire n’habite plus à cette adresse étaient élevées. D’ailleurs, vous devez signer ce reçu.

    Zoé le regardait, légèrement éberluée, par cette histoire abracadabrante de courrier à la distribution postale folklorique. Elle prit l’enveloppe et signa le reçu. En effet, elle lui était bien adressée :

    Mademoiselle Zoé MARTIGNAC

    Appartement 4c

    Rue des sycomores    

    26800 LONGUEIL

    12 allée des Sycomores

    76860 LONGUEIL FRANCE

    Zoé remercia son facteur et commença à remonter ses quatre étages. Son colis n’était toujours pas arrivé cependant elle n’y pensait déjà plus. Son esprit se focalisait sur la lettre. Tout en grimpant les marches, elle en profita pour observer les différents tampons ornant l’enveloppe. Apparemment, le premier datait du 26 février… 2000 ! Dix ans plus tôt. L’enveloppe était partie de Bolivie puis avait voyagée par Québec en … 2005. Zoé découvrait l’existence d’une ville québécoise appelée Longueil. La lettre était parvenue en France en 2009, faisant un dernier crochet par Libourne avant de terminer son voyage, aujourd’hui le 28 août 2010, soit plus de 10 ans et demi après avoir été postée !

    Zoé eut un mal fou à ouvrir sa porte. Sa main tremblait tellement qu’elle avait du mal à insérer sa clé. Une fois celle-ci ouverte, elle s’empressa de la refermer pour aller directement dans le coin cuisine. Elle posa l’enveloppe sur sa table et se préparera un autre café. Elle jetait régulièrement des coups d’œil sur l’enveloppe, intriguée et anxieuse de son contenu. Zoé caressait machinalement le petit tiki[1] qu’elle portait autour du cou, signe d’une nervosité certaine chez elle. Son café, prêt depuis plusieurs minutes, attendait sagement tandis qu’elle fixait l’enveloppe sans trouver le courage de s’en approcher. Finalement, sa curiosité l’emporta sur le sentiment de malaise qu’elle ressentait. Elle attrapa son café en passant et s’assit face à l’objet qui retenait son attention.

    Elle prit la lettre à deux mains, la tourna dans en tous sens. Au dos, l’expéditeur n’était pas mentionné. Qui avait bien pu lui écrire de Colombie ? Elle avait beau chercher dans sa mémoire, aucune de ses connaissances n’étaient parties là-bas que ce soit pour y travailler ou bien y faire le touriste. Il n’y avait pas trente-six moyens de découvrir l’expéditeur. Pourtant, Zoé hésitait encore. Elle avait un pressentiment, la peur d’ouvrir une boîte de Pandore. Elle secoua la tête, histoire de chasser cette idée saugrenue de son esprit. Elle prit une inspiration - pour se donner du courage - et décacheta l’enveloppe.

    La première chose qui lui sauta aux yeux, fut l’écriture sur l’enveloppe. Elle se différenciait de celle de la lettre. La personne qui avait rédigé la correspondance, n’était pas celle qui avait écrit l’adresse. Ce qui expliquait peut-être le parcours atypique du courrier.

    La seconde concernait l’appréciation graphologique de la correspondance, écrite d’une main sûre, décidée et manifestement masculine. Elle remplissait quatre rectos-versos.

    Zoé reprit une autre profonde inspiration et entama la lecture.

     

    J’ai commencé de nombreux brouillons avant d’écrire ces lignes mais, aucun n’arrivait à exprimer réellement ce que je veux te dire. Alors, j’ai pris une nouvelle feuille et décidé de laisser les mots venir, tant pis pour les ratures. Je ne pense pas que tu m’en voudras.

    Zoé,

    Zoé,

    Zoé, j’ai essayé de penser à bien des termes pour débuter. Les trois lettres de ton prénom sont pourtant revenues sans cesse sous mon crayon. Trois lettres c’est peu, pourtant leur musique est si douce à mes oreilles.

    Je revoie continuellement la première vision que j’ai eue de toi au Delta Club…

     

    La lecture du nom du Delta Club, la dernière boîte de nuit dans laquelle Zoé avait dansé, lui fit pousser un léger cri. Non, non, non ça n’était pas possible ! Ça ne pouvait être lui ! Elle avait presque fini par l’oublier - presque. Elle relut ces premières lignes. Sans poursuivre, elle sut qu’elle ne se trompait pas. Guillaume. C’était une lettre de Guillaume. Sous le choc de sa découverte, Zoé lâcha la lettre et s’adossa à sa chaise. Les souvenirs revinrent à la surface : leur rencontre fortuite, la nuit torride qui suivit, l’absence de Guillaume le lendemain, puis la douleur et l’incompréhension lorsque les jours s’étaient écoulés sans nouvelles de lui. Les semaines et les mois devinrent des années. Zoé ferma les yeux.

    10 ans !

    C’était si loin.

    C’était encore si douloureux.

    10 ans durant lesquels elle n’avait pu l’oublier. Oh, elle avait essayé. Plusieurs fois, elle avait cru y être arrivée, pour s’apercevoir au final que l’ombre de Guillaume planait toujours à ses côtés. Elle avait vécu des relations amoureuses sérieuses. Aucune n’avait franchi le cap des un an, personne n’ayant réussi à effacer le souvenir de Guillaume.

    Son cœur s’était auto-protégé en éliminant tout risque de nouvelle rechute sentimentale. Il n’avait laissé aucune chance de libérer le verrou installé pour cuirasser Zoé.

    Elle voulut boire une gorgée de café qu’elle faillit recracher. Il était déjà froid. Le temps pouvait être si capricieux, faisant paraître les heures aussi longues que des jours et inversement. Elle avait besoin d’une autre dose de café pour réfléchir. La jeune femme se releva donc pour se resservir. Le liquide ondulait dans la tasse, suivant le balancement de ses mains qui tremblaient encore.

    Les lignes noires s’étalant sur les feuilles attiraient son regard. L’envie et la crainte se disputaient la première place dans son esprit. Allez, tu peux le faire, c’est de la glu qui tient les morceaux de ton cœur, il ne peut pas se recasser, hein ? Aussi fort qu’elle voulait le croire, Zoé n’en était pourtant pas si certaine ! Toutefois, si elle voulait aller de l’avant - et il serait grand temps pour elle d’y penser - elle devait foncer, maintenant qu’elle possédait des réponses. Le temps de la réflexion était terminé, celui de l’acceptation et de la vérité venait de débuter. D’un pas décidé, elle prit les feuilles et s’installa sur son petit canapé, les jambes repliées sous elle. Puis elle reprit sa lecture, un léger pincement au cœur lui rappelant tout de même que celui-ci n’était pas si barricadé que cela.

     

    ... Je revoie continuellement la première vision que j’ai eue de toi au Delta Club. Tu étais sur la piste de danse, déchaînée, dans une bulle de musique et de mouvements. Je me rappelle, c’était Freed from Desire de Gala. Tu fermais tes yeux, perdue dans ton monde. Et moi je ne voyais que toi, tes cheveux s’enroulant autour de toi au ralenti, façon cinéma, le bruit de fond qui s’estompe, la foule qui s’écarte et toi au milieu !

    Je suis quelqu’un de réaliste. Je n’ai jamais mâché mes mots et j’ai toujours assumé ceux que j’ai prononcés. Je me rappelle exactement ce que j’ai alors annoncé à mon frère : « Ca y est je l’ai trouvé ! ». Il m’a demandé qui j’avais trouvé mais je ne lui ai pas répondu parce qu’à ce moment précis tu as ouvert les yeux. J’avais face à moi deux miroirs étincelants qui m’observaient. Tu as terminé de danser les yeux fixés sur moi. J’étais scotché à mon pilier…

     

    Zoé se souvenait parfaitement de cet instant. Elle était en transe, emportée par le rythme de la musique et la dés-inhibition due à quelques verres d’alcool. Jamais, jamais elle ne se lâchait de cette manière. Son sens - absence - du rythme légendaire l’empêchait généralement d’apprécier à fonds ces intermèdes musicaux. Pourquoi, ce soir-là ? Elle se revoyait ouvrir les yeux et, malgré la foule environnante, elle n’avait aperçu que le regard de braise d’un jeune homme appuyé contre un des piliers de la salle. Elle aussi était restée accrochée, accrochée telle une naufragée à la bouée qui la sauve. La chanson terminée, ses pas l’avaient guidée vers lui. Pas d’autre option possible, elle devait aller dans cette direction.

    Longtemps elle avait pensé à ces minutes, où elle avait été frappée par une émotion intense, qui s’apparentait au coup de foudre décrit dans pléthore de romans sentimentaux. Oui, elle avait été foudroyée par un regard. Elle pouvait encore en revivre le trouble qui s’était emparé d’elle lorsque s’était trouvée face à lui

    Revenant à l’instant présent, Zoé secoua la tête pour s’éclaircir les idées. Les mois passant, elle avait douté de la réciprocité de cette passion. Maintenant, elle sentait qu’elle n’avait pas rêvé seule cette nuit-là ! Elle poursuivit sa lecture, se demandant où cela la conduirait.

     

    J’étais scotché à mon pilier.

    Nous nous sommes avancés, ensemble, l’un vers l’autre. Tu as saisi la main que je t’ai tendue et tu m’as suivi. Sans question, sans paroles. Nous nous sommes éloignés de la foule, loin des bruits. Nous avons cherché - et trouvé - un coin isolé dans la cour extérieure, nous dévorant mutuellement du regard, longtemps, toujours sans paroles. Pour moi ce fut un moment de pur bonheur. La simplicité avec laquelle nous avons accepté ce qui arrivait. Un sourire et j’étais définitivement sous le charme. Ensuite, je me souviens de toutes les phrases que nous avons échangées, de tous les petits gestes que nous avons eus. Entente parfaite, non plutôt osmose complète ! Lorsque je t’ai embrassé la première fois, j’ai découvert le paradis, MON paradis. S’il n’y avait pas eu ce maudit buisson, je crois que nous aurions fini par le faire par terre ! ...

     

    Zoé sourit à ce souvenir. Ils avaient discuté des heures à bâtons rompus, donnant l’impression de se connaître depuis toujours, branchés sur une longueur d’onde identique. Deux moitiés se retrouvant pour former une entité complète. Il semblait réellement fait l’un pour l’autre, aussi incroyable que cela paraissait en si peu de temps ! Et ce baiser. Aucun autre baiser n’avait égalé ce premier entre eux. Le sentiment que Zoé rentrait enfin chez elle ! Tant de douceur et de découverte, oui ce baiser restait LE plus beau souvenir de tous ceux qu’elle avait reçu après Guillaume. Leurs embrassades suivantes avaient été fougueuses, beaucoup plus insistantes, dévorantes. La passion les avait emportés. Rivés l’un à l’autre, ils avaient tourné le long d’un mur puis perdu l’équilibre. Guillaume avait atterri les mains et les fesses sur un énorme buisson épineux de pyracantha. Quel fou rire les avaient possédés, fou rire qui s’était terminé, noyé, dans une nouvelle vague de baisers passionnés.

    Zoé passa un doigt sur ses lèvres, se rappelant leur texture gonflée à la suite du traitement subi par la bouche, la langue et les dents de son compagnon. Elle sentait monter une boule à l’intérieur de son ventre. Elle continua la lecture.

     

    ... S’il n’y avait pas eu ce maudit buisson, je crois que nous aurions terminé par le faire par terre ! Lorsque tu as fini par voir mes mains pleines de sang, j’ai adoré voir ton visage exprimer de l’inquiétude pour moi. Je ne ressentais absolument pas les brûlures des petites plaies, concentré que j’étais sur tes lèvres qui me parlaient. Je n’ai émergé de ce spectacle qu’en entendant les mots « vais t’emmener chez moi ». Tu ne t’en es surement pas rendu compte toutefois ces quelques mots m’ont bouleversés. J’avais toujours eu pour règle de ne jamais aller où que ce soit un premier soir de rencard, surtout avec une « inconnue ». Or là, il était inenvisageable pour moi de respecter cette règle. Je VOULAIS aller chez toi. C’est horrible à dire à écrire toutefois pour être honnête, tu dois savoir que je me suis mis à bander rien qu’en entendant ces mots. Je savais pertinemment que si je te suivais, ça ne pourrait finir que d’une seule façon… et pour une fois j’en avais tellement envie (mon pantalon était devenu mon pire ennemi !) que j’étais prêt à accepter les conséquences du non respect de mes principes. Tu es allée prévenir tes amis et moi mon frère. On s’est retrouvé à la sortie du Delta Club pour ensuite prendre ma voiture. Le trajet s’est déroulé dans un silence légèrement pesant jusqu’à ce que ta main vienne caresser ma cuisse. Comment t’expliquer ça sans paraître vulgaire : savoir que tu espérais la même chose que moi, eh bien cela a été plus fort que moi… La première fois qu’un tel geste m’amenait à jouir ce niveau de plaisir. Jamais je ne m’étais laissé aller dans mes vêtements. Tu « m’obligeais » à beaucoup de première fois en si peu de temps. Néanmoins, j’y voyais un signe du destin…

     

    Zoé ne savait toujours pas ce qui lui avait pris, elle, une fille réservée d’ordinaire. Puisque c’était bien elle, qui avait commencé. Elle revit les traits crispés de Guillaume. Elle avait deviné ce que cela signifiait. Alors, reconnaître qu’elle avait réussi par une simple caresse à faire jouir un garçon, c’était puissant d’émotions - et d’autosatisfaction -. Ses grognements de plaisir avaient allumé en elle un feu qui la consumait de l’intérieur. Et pour être sincère elle aussi, heureusement qu’elle mettait des protections parce qu’elle aussi avait « légèrement » mouillé son sous-vêtement !

     

    …Néanmoins, j’y voyais  un signe du destin…

    Nous sommes arrivés devant ta porte dans un état de fébrilité intense, entre caresses et baisers. Tu as attrapé mon collier avec mon tiki pour m’attirer à l’intérieur. Aussitôt la porte fermée, on s’est jeté l’un sur l’autre, direction ton lit. Tu as léché mes mains en guise de soin… pas le temps d’en faire plus…

     

    Guillaume avait dû faire une pause à cet endroit et reprendre l’écriture plus tard.

     

    … Zoé, je suis tellement désolé, je voudrais que tu me p si je ne t’avais pas empêché de parler lorsque tu as essayé… J’étais si obnubilé par ton corps que je me suis conduit comme le dernier des imbéciles ! J’ai profité de toi, de ce que tu m’offrais et je t’ai… Ta première fois n’aurait jamais dû se passer de cette manière. Je n’ai pensé qu’à moi, mon plaisir. Je n’ai aucune excuse si ce n’est que je voulais être en toi, je le voulais si fort que rien d’autre ne comptait à ce moment-là !

     

    Zoé laissa échapper les feuilles de ses mains. Une larme descendait doucement sur sa joue. Elle finit sa course en tombant sur une des feuilles. Elle entrevoyait ce qui avait traversé la tête de Guillaume. Dans le feu de l’action, elle avait essayé de lui parler mais, elle n’avait pas eu le temps de lui dire qu’il s’agissait d’une première pour elle, malgré ses 25 ans bien sonnés. Ils avaient trop de choses à découvrir. Ainsi, il croyait l’avoir blessé. S’il était resté, elle lui aurait expliqué qu’il se trompait. Certes les premiers mouvements d’intrusion n’avaient pas été agréables mais n’avait-il pas senti ensuite que le plaisir avait supplanté la douleur. En aucune façon, elle n’avait pensé à cette première fois comme une agression. Elle lui avait laissé la direction des opérations. Une passion  assez vive, voir fougueuse avait remplacé la tendresse. Cependant, était-ce une mauvaise chose ? À son réveil, c’était plutôt une sensation de bien-être général qui l’avait envahi. Elle ne pensait pas avoir eu d’orgasme. Elle en aurait eu un, elle s’en souviendrait, non ? De plus, elle se doutait bien qu’en avoir un dès la première fois semblait assez peu vraisemblable ! D’ailleurs, elle n’était même pas sûre d’en avoir jamais ressenti un depuis... c’était dire la qualité des relations qu’elle avait vécues par la suite !

    Revenant aux feuillets, Zoé termina leur lecture.

     

    .... Je t’ai contemplé alors que tu dormais, des larmes au coin des yeux (mais c’était des larmes de bonheur, de contentement ! !). Je me suis senti si mal. Jamais je n’avais blessée une de mes amies. Je me suis dit que tu ne voudrais surement plus me voir après ça (ahhh, pourquoi fallait-il qu’ils essayent de penser à notre place, ces hommes !). Je voulais partir, or je ne pouvais m’empêcher de te regarder. Ne m’en veut pas encore plus mais...  j’ai pris mon appareil photo qui était dans mon sac et je t’ai photographiée. En réalité, je t’ai mitraillée, les flashes t’ont à peine perturbé. J’ai finalement trouvé le courage de partir. J’ai laissé mon tiki sur l’oreiller. J’y tiens énormément. Il est l’unique souvenir qui me reste de mon père. Une manière pour moi de te faire comprendre que j’éprouve pour toi des sentiments particuliers. Si tu pouvais Je voudrais j’aimerais que tu me laisses une deuxième chance. L’occasion de me racheter. Je n’y connais pas grand-chose en amour... Tu me manques, ta présence, ton sourire, ta voix, la chaleur de tes bras, la douceur de tes lèvres... Je contemple une de tes photos, mes yeux ne s’en lassent pas... Je suis un drogué qui attend sa dose. La distance m’est pénible. J’aurais souhaité t’expliquer mon départ. Je n’en ai pas eu la possibilité.

    Chez mon frère, j’ai reçu un coup de téléphone. Mon reportage photo en Bolivie était avancé de plusieurs semaines. Je devais partir le jour même pour réussir à rejoindre notre contact chez les FARC. J’ai pensé que cela tombait à point pour te laisser le temps de réfléchir...  si, si tu voulais me revoir à mon retour...

    Si tu te demandes comment j’ai eu ton adresse, eh bien j’ai fait le curieux en partant. J’ai noté le n° de l’appartement qui était sur ta boîte aux lettres. Je me rappelle le mot  sycomores lorsque tu m’as donné l’adresse pour que je puisse te raccompagner.

    En ce qui me concerne, l’autre week-end je logeais chez mon frère. Donc je suis rentré sur Paris pour prendre mes affaires à l’Hôtel puis à l’Agence Déclic avant mon envol pour la Colombie. Le plus simple, dans l’hypothèse (heureuse) que tu le veuilles, c’est que tu contactes  l’Agence au 07.07.07.07.07. Ils te tiendront informés de mes faits et gestes. Tu décideras ainsi de notre sort. Je t’en supplie Zoé, laisse nous une chance de construire un avenir ensemble.

    J’attendrais... un peu... Saches que je reviendrais à la charge, je ne supporte pas l’idée de passer à côté de quelque chose de magnifique. Je n’aurais pas dû accepter ce reportage. Au contraire ma place était auprès de toi. Maintenant il est trop tard, un océan nous sépare. Je n’abandonne pas. Cette lettre en est la preuve ! I will come back ...

    Zoé, pardonne-moi ! Attends-moi, je t’en conjure. Je me mettrais à genoux s’il le faut.

    Zoé... Je t’aime...

     

    A travers ses larmes, Zoé distinguait à peine la signature. Elle pleura longtemps, des gros sanglots lui échappant de temps en temps. 10 ans. 10 ans ! Elle avait attendu toutes ces années pour finalement découvrir qu’elle n’avait pas été le plan drague d’une nuit. Elle n’avait pas rêvé leur unique nuit presque parfaite. Lui aussi souffrait, enfin avait souffert !

    10 ans ! Pourquoi Guillaume n’était-il pas revenu comme il le promettait. Avait-il réellement cru qu’elle ne partageait pas ses sentiments et perdu espoir ? Cela ne ressemblait pas au ton de cette missive ! Que c’était-il passé ?

    Elle ne connaissait pas son nom de famille. Il n’était mentionné nulle part. Il ne lui restait plus qu’à essayer de joindre l’Agence sur Paris. Oui, sauf que 10 ans plus tard, existerait-elle toujours ? Et lui, voudrait-il encore la revoir. Cela était fort peu probable. Le jeune homme avait dû refaire sa vie ? À moins, à moins qu’il ne lui soit arrivé quelque chose ?

    Cette incertitude allait la rendre folle. Elle devait savoir.

    Zoé sécha ses larmes. Elle renversa feuilles et tasse de café en se levant. Elle s’en moquait. La jeune femme venait de prendre une décision. Pour arrêter de se mettre martel en tête, elle allait téléphoner à cette fameuse Agence. Selon leur réponse, elle aviserait la marche à suivre. Cette lettre avait mis plus de 10 ans à lui parvenir. C’était la moindre des choses qu’elle parle à Guillaume, qu’elle lui dise pourquoi elle ne l’avait jamais recontacté. Ensuite, et bien ensuite, seul l’avenir le savait...

    Pour la suite voir... ICI

     

     

     


    [1] Bijoux d’origine polynésienne.


  • Commentaires

    1
    Melsim
    Mercredi 19 Juin 2013 à 20:31

    Une écriture improvisée qui est très réussie, j'adore ton style d'écriture et j ai bien sûr voté pour que cette histoire entre Zoé et Guillaume évolue. J espere que tes projets vont aboutir car tu es très douée et j'ai hâte de lire la suite de tes aventures. Mélanie

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